Le jazz et la bossa nova par le quartette de Jacques Vidal avec la participation de Paulo Costa (24/06/2010 - L'Abbaye Jazz Club Paris)

Publié le par yannis

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Rendez-vous était donc pris à l'Abbaye Jazz Club pour le second concert thématique autour du jazz et la bossa nova.


Une soirée placée sous le signe d'une musique qui a toujours exalté la pureté et la fluidité des sons. Sophistication des harmonies, alchimie parfaite des mots et des notes. La bossa nova est avant tout une atmosphère, en même temps poetique et lyrique. C'est aussi l'exaltation de l'amour, des muses et d'une ville: Rio de Janeiro.


Une musique qui commence à la fin des années 1950, à l'époque où le Brésil vit une époque de liberté économique, démocratique et culturelle. Si Joao Gilberto donnera corps à cette musique imposant la violao gago (guitare bègue) et le canto falado (chant parlé), l'âme de la bossa nova est bel et bien née de la rencontre entre le poète Vinicius de Moraes et le compositeur Tom Jobim via la pièce de théatre intitulée Orfeu da Conçeiçao (adaptée en 1959 par Albert Camus sous le nom "Orfeu Negro".) L'étonnante symbiose entre la musique épurée et d'un grand raffinement harmonique de Jobim  et la poésie de Vinicius, sophistiquée mais se caractérisant également par une surprenante économie verbale, constituera la pierre angulaire du style bossa nova.


Avant de souligner les liens avec le jazz, on pourra commencer par rappeler que certains standards de la bossa nova sont directement inspirés de la musique classique (Debussy, Ravel, Stravinsky ou Villa Lobos). Citons pour exemple le standard "Insensatez" inspiré du Prélude en mi mineur de Chopin (la parenté est tellement flagrante que plus tard le saxophoniste baryton Gerry Mulligan dans l'un de ses albums reprendra directement le prélude plutôt qu' Insensatez).


Très rapidement, la bossa suscitera l'intérêt de nombreux jazzmen américains, dont le saxophoniste ténor Sonny Rollins, le trompettiste Dizzy Gillespie, et surtout le saxophoniste ténor Stan Getz. Ce dernier y consacrera deux années entières de sa vie, avec un album référence Getz / Gilberto (1963) où l'on retrouve tous les grands classiques de Jobim et Vinicius interpretées par Luis Bonfa et bien entendu Joao Gilberto.


Citons également, "The Voice" alias Frank Sinatra qui demande en 1966 à ce que son prochain album ne soit composé que de standards de Tom Jobim. La rencontre de deux musiciens exceptionnels sur un même disque: "Francis Albert Sinatra & Antonio Carlos Jobim".


Mais revenons en au concert du quartette de Jacques Vidal !


Un concert d'une heure et demie de douces et sensuelles mélodies mêlant charme et sensibilité. Une parfaite alchimie entre les harmonies dessinées par Jacques Vidal à la contrebasse, les solos de Frederic Sylvestre à la guitare, la voix délicate et purement brésilienne (!) d'Isabelle Carpentier, accompagnée par une rythmique tout en nuances de Xavier Desandre.


En invité surprise, le compositeur et chanteur brésilien Paulo Costa. En l'espace de quelques notes, on sent poindre ce sens de l'hospitalité: une invitation à nous faire découvrir l'âme profonde de la bossa nova, mère douce et infinie du Brésil.

 

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Vous le comprendrez aisement, il ne s'agissait pas que d'une simple invitation à partager la scène de l'Abbaye Jazz Club. Plus que la connivence artistique réelle entre Jacques Vidal et Paulo Costa, chacun des deux musiciens sait reconnaître en l'autre le même désir de création et de sensibilité. Et c'est ce qui a rendu ce concert particulièrement magique et intimiste.


Citons également la très belle reprise bossa nova par Paulo Costa de la chanson de Nougaro "Toulouse". Je citerai les paroles de la femme de Claude Nougaro paru dans la presse: " Toulouse est devenu brésilienne sous vos doigts et votre voix. Toujours la même magie dans cette chanson, Toulouse et Salvador de Bahia sont réunis à travers votre amour pour vos patries. Alors, merci pour ce si beau mariage".


Claude Nougaro aurait beaucoup aimé à entendre la reprise bossa nova jouée en duo par Paulo Costa et Jacques Vidal


Pour ma part, en grand fan de Claude Nougaro, cette chanson a indirectement fait écho à une autre chanson de Claude Nougaro "Dansez sur moi" - une chanson où Claude nous invite à "Dansez sur moi dansez sur moi (...) Embrassez-vous, enlacez-vous / Ma voix vous montre la voie / La voix lactée la voie clarté / Où les pas de pèsent pas (...) Que la vie soit feu d'artifice / Et la mort un feu de paille".


La reprise de "Toulouse" par Paulo et Jacques était une fort belle manière de faire vivre la musique de Claude, tout en y mêlant l'âme profonde de la bossa nova ! Merci !


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Publié dans Festivals - Concerts

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