(mon) Festival Banlieues Bleues 2014

Publié le par yannis

Le festival Banlieues Bleues fêtait en 2014 ces 30 ans, tout en faisant toujours et encore résonner le doux air du printemps et l’étonnante capacité de la musique à se renouveler constamment. Une très belle programmation dont les mots clés sont la diversité des musiques, la diversité des générations avec la présence de figures historiques comme Charles Tolliver et de jeunes artistes remarqués comme l’accordéoniste Vincent Peirani, le saxophoniste Emile Parisien ou le groupe Papanosh. Un festival dont l’une des grandes fiertés est aussi de mêler étroitement les plus jeunes à ce moment fort de (ré)création musicale avec des ateliers musicaux dédiés à des collégiens du 93. De bien belles actions musicales, qui font de ce festival l’un des plus réussi et intéractif avec le corps social et musical. 


19 mars 2014 (Tremblay en France)


1ère partie: Voï-Voï

 

 

Sébastien Palis accordéon, Frédéric Jouhannet violon

 

Un délicieux duo formé de l’accordéoniste Sébastien Palis (également membre du groupe Papanosh) et du violoniste Frédéric Jouhannet. Un grande spontanéité à restituer le grande répertoire de Bela Bartok, en y mêlant également des musiques traditionnelles des pays de l’Est. A la manière des musiciens des balkans, le duo réinvente des partitions que l’on pouvait à tort fixées à tout jamais. Une bonne dose d’improvisions, une imagination débordante et une bande son où le classique prend des airs populaires. Une très belle découverte que ce duo de la scène rouennaise. 


2ème partie: YOM - Back to the Klezmer


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Yom clarinettes, Maxime Zampieri tapan, Dario Ivkovic accordéon, Benoit Giffard trombone, tuba

 

On connaît Yom, ce clarinettiste impétueux qui navigue entre tradition acoustique et virées électriques. A l’occasion de Banlieues Bleues, YOM a fait son retour à la tête d’un quartette inédit pour y faire une déclaration d’amour aux racines du Klezmer. Quoi de plus naturel pour ce musicien qui a éprouvé la musique Klezmer sous l’angle d’un coup de foudre quand à l’âge de 6 ans il découvre Giora Feidman, le clarinettiste argentin dont la sensibilité à fleur de peau le subjugue. Avec la création de Back to Klezmer, Yom se penche sur le berceau originel de cette musique ancestrale: l’Europe centrale et de l’Est. Une musique mouvante et une soirée émouvante. 

 

23 mars (Nanterre): Surnatural Orchestra - Profondo Rosso

Un ciné-spectacle construit autour de l’un des chefs d’oeuvre du cinéma d’épouvante italien, et une re-mise en scène musicale du film de Dario Argento par l’un des orchestres les plus dingues de l’Hexagone: le Surnatural Orchestra. Amputé de sa bande son originale, de presque tous ses dialogues et même de certaines scènes, le film est devenu un formidable terrain d’expérimentation musicale. Sur une partition biberonnée à Ennio Morricone et Nino Rota, le collectif a joué sur le film et a même invité le fantôme du cinéaste Pasoline, dont l’assassinat en 1975 coïncidait avec la sortie du film. Une soirée entre poésie, musique et politique; le tout mis en avant de manière intelligente et avec goût. 

 

31 mars (La Dynamo de Pantin)

 

1ère partie: Ensemble Art Sonic

 

Joce Mienniel Flûtes; Cédric Chatelain Hautbois, cor anglais; Sylvain Rifflet Clarinettes; Baptiste Germser Cor; Sophie Bernado Basson.

 

Dernier bébé en date de Sylvain Rifflet et de Joce Mienniel, l’Ensemble Art Sonic est né de la volonté des deux complices de sonder l’art et les limites de la musique acoustique. Et quelle surprise et bonheur de voir des instruments peu fréquents dans ce quintette (hautbois, corn, basson …) - ce même quintette qui (se) vit, qui chuchote, qui s’enflamme et qui (se) joue. Un quintette de musique de chambre qui bondit et tourbillonne !

 

2ème partie: Emile Parisien & Vincent Peirani


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Emile Parisien Saxophone; Vincent Peirani Accordéon

 

Les deux derniers lauréats du prix Django Reinhardt se sont rencontrés par l’entremise du batteur suisse, Daniel Humair. Depuis leur rencontre, une complicité s’est crée et a même été immortalisée dans le très bel album « Belle Epoque » - un disque d’une rare intensité où les deux compères bâtissent des ambiances oniriques entre valses (3 temps pour Michel P) et standards réinventés (par exemple, Egyptian Fantasy de Sidney Bechet). Ils improvisent en se répondant sur deux airs peu connus, dont celui de Sidney Bechet et sur celui de Duke Ellington (Dancers in Love), mais aussi sur un Ragtime de 1909 (composé par Henry Lodge). A noter également la magnifique reprise du morceau de Sidney Bechet, « Song of Medina ». Mais également leurs propres compositions. Une «Belle Epoque», celle de l'invention sans bornes, de l'énergie débordante et du même goût de l’expérimentation. 

 

4 avril (Bobigny): Charles Tolliver

 

Charles Tolliver Trompette; Theo Hill Piano; Devin Starks Basse; Bruce Edwards Guitare; Gene Jackson Batterie

 

Charles Tolliver fit ses débuts en 1964 chez Blue Note avec l’album « It’s time ». Trois ans plus tard, il se retrouve embarqué dans le quartette de Max Roach, où il croise la route du jeune pianiste, Stanley Cowell. Avec ce dernier, il fonde en 1971 Strata East, label de référence des années soul jazz qui publia Pharaoh Sanders et Gil Scott Heron (parmi tant d’autres). Une marque de fabrique: des disques marqués par le sceau d’un musicien grandi dans le bop, le rhythm’n’blues, mais aussi attentif à la new thing et à la soul. Un retour après près de cinquante ans plus tard, It’s time …

 

10 avril (Clichy sous Bois):

 

1ère partie: Papanosh & Roy Nathanson, Fidel Fourneyron «Oh Yeah ! »


Raphael Quenehen Saxophones; Quentin Ghomari Trompette; Sébastien Palis Accordéon, piano, orgue; Thibault Cellier Contrebasse; Jérémie Piazza Batterie; Fidel Fourneyron Trombone; Roy Nathanson Saxophone, voix


Si Mingus était encore des nôtres, à n’en pas douter, il aurait exulté de joie et d’allégresse à l’écoute de ce jeune et turbulent quintet de Rouen, accompagné de deux souffleurs cinq étoiles, le virevoltant saxophoniste new-yorkais Roy Nathanson et le tromboniste de l’ONJ Fidel Fourneyron pour une séance musicale de spiritisme à base de compositions improvisées, de chants impromptus et de réarrangements endiablés. Papanosh est un projet du collectif les Vibrants Défricheurs. Et sur scène, la musique est une répertoire acoustique au son et à la créativité brutes, une démonstration d’énergie pour ces musiciens libertaires que je vous invite à voir en live. 


2ème partie: Archie Shepp Quartet


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Archie Shepp Saxophone; Tom Mc Clung Piano; Zacharie Abraham Basse, contrebasse; Steve Mc Craven Batterie

 

De la Jazz Composers Guild à son ascension avec John Coltrane (notamment les enregistrements au festival de jazz de Newport en 1965 sortis sous le label Impulse « New Thing at Newport »), de son terrible Attica Blues en big band à ses sublimes duos avec Horace Parlan (notamment « Trouble in mind », 1980), le saxophoniste et fin lettré a marqué plus d’une page de l’histoire de la Great Black Music. Un engagement aussi qui ne date pas d’hier. Souvenons-nous de cette phrase à l’encontre d’un journaliste de Down Beat magazine en 1965: «  I am a anti-fascit artist. My music is functional. I play about the death of me by you. I exult in the life of me in spite of you. I give some of that life to you whenever you listen to me, which right now is never. My music is for the people ». La musique à l’adresse du peuple. Voici un leitmotiv qu’il n’a eu de cesse de poursuivre. Ce soir, le public de Clichy sous Bois a eu droit à un concert endiablé d’Archie Shepp et de son quartette. Un sens profond du spiritual blues qui irrigue constamment l’oeuvre de ce géant de la Great Black Music, Archie Shepp

Publié dans Festivals - Concerts

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