(mon) Jazz à la Villette 2012

Publié le par yannis

Du free au blues, de la soul à la funk en passant par le hip hop, Jazz à la Villette célèbre toutes les musiques et offre un panorama à 360° du jazz. Des soirées festives (Trombone Shorty), des créations évènements (Archie Shepp et son album mythique Attica Blues), des hérauts de la nouvelle génération (Robert Glasper), une édition délicieusement préparée comme chaque année pour bien débuter la rentrée !

 

Je vous propose d’évoquer les deux très belles soirées auxquelles j’ai pu assister.

 

7 Septembre à la Grande Halle de la Villette

 

1èrepartie : De La Soul’s Plug 1&2 present First Serve

 

Plug 1, Plug 2 : chant / Dj Khalid : platines / Dj Chokolate : platines, machines / Jean Max Mery : claviers / Christophe « Disco » Minck : basse / Alexis Bossard : batterie / Fabrice Colombani : percussions.

 

Un projet hip hop également funky en compagnie de deux producteurs parisiens Chokolate et Khalid. Certains aurton pu être surpris de ne pas assister à un concert des membres fondateurs du groupe De La Soul, puisqu’il s’agissait du groupe First Serve, adoubé par De La Soul (ces derniers nous ont quand même réservé un final avec quelques morceaux phares des années 90s). Sous couvert d’un concept album narrant les pérégrinations de deux apprentis rappeurs originaires du Queens dans la jungle de l’industrie du rap, ce live s’apparentait à une saga délirante, riche en rimes et samples qui claquent. Une musique bien ancrée dans son temps.

 

2èmepartie : Trombone Shorty & Orleans Avenue

 

Trombone Shorty : trombone, trompette, chant / Dan Oestreicher : saxophone, baryton / Tim McFatter : saxophone ténor / Pete Murano : guitare / Mike Ballard : basse / Joey Peebles : batterie.

 

Véritable phénomène de la Nouvelle-Orléans, que j’avais pu voir en live au New Morning il y a deux ans, le jeune tromboniste et trompettiste est aujourd’hui l’un des grands sorciers de la musique made in New Orleans. Un cocktail festif et explosif qu’il a baptisé lui-même de « supafunkrock » où les frontières n’existent guère entre jazz, soul, funk, rock, hip hop et blues. Tout est logiquement parti des fanfares de rue pour ce natif de la Nouvelle Orléans, mais il a su amener cette musique à un autre niveau. Véritable showman, Trombone Shorty célèbre à chacun de ses concerts une ville, un esprit, et ce en toute générosité n’hésitant pas à revenir plusieurs fois sur scène et réinterprétant à l’occasion certains standards considérés comme des « saints ». L’espace d’une soirée, la Grande Halle de la Villette s’est transformée en une véritable fiesta explosive.

 

9 Septembre à la Grande Halle de la Villette

 

1èrepartie : Hypnotic Brass Ensemble

 

Gabriel Hubert, Amal Hubert, Jafar Graves, Tarik Graves : trompettes / Saiph Graves, Seba Graves : trombones / Tycho Cohran : sousaphone / Uttama Hubert : euphorium / Gabriel Wallace : batterie.

 

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Du cuivre, du cuivre, du cuivre ! Cet ensemble basé à Chicago est composé de huit frères, tous fils Phil Cohran, l’un des trompettistes emblématiques du Sun Ra Arkestra. Un brass band résolument funky qui touche à la soul, au blues, au jazz, mais surtout au hip hop. Un petit regret néanmoins est la moindre richesse musicale (les membres reprenant parfois en chœur les mêmes chorus) que certaines fanfares de la Nouvelle Orléans. Ceci était néanmoins compensée par la présence scénique et la capacité du groupe à faire déferler sur le public un veritable ouragan (avec notamment une forte influence hip hop). Une satisfaction personnelle a été la reprise d’un morceau composé par Phil Cohran en 1962, « State View ».

 

 

2èmepartie : Archie Shepp Big Band joue l’album Attica Blues

 

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Archie Shepp : saxophones / Jean-Claude André : direction / Olivier Chaussade, Raphaël Imbert : saxophones alto / François Théberge, Virgile Lefebvre : saxophones ténor / Jean-Philippe Scali : saxophone baryton / Ambrose Akinmusire, Izidor Leitinger, Olivier Miconi, Christophe Leloil : trompettes / Sébastien Llado, Michael Ballue, Simon Sieger, Romain Morello : trombones ; Steve Duong, Manon Tenoudji : violons / Antoine Carlier : alto / Louise Rosbach : violoncelle / Amina Claudine Myers, Marion Rampal, Cécile McLorin Salvant : chœurs / Tom McClung : piano / Pierre Durand : guitare / Darryl Hall : contrebasse / Famoudou Don Moye : batterie.

 

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Attica Blues

 

Un opéra engagé. Une fresque de la Great Black Music. Un de mes albums préférés entre tradition ellingtonienne et révolte funk. Un pont entre la soul la plus habitée et le free le plus engagé. En pleine révolution free, Archie Shepp proposait en 1972 un ovni génialissime qui englobait avec perfection toutes les diverses facettes de La Great Black Music. Une œuvre plurielle résolument engagée, en écho à la révolte des prisonniers d’Attica à l’automne 1971 et à l’assassinat de l’écrivain et leader des Black Panthers George Jackson.

 

Quarante plus tard, Archie Shepp ressuscite Attica Blues, cri d’une musique qui impressionna toute une génération. Une relecture résolument moderne et qui n’a jamais eu autant d’écho de nos jours. Le préambule d’Archie Shepp en est la parfaite illustration. Archie Shepp n’était pas là pour porter à bout de bras un album référence de la musique free, mais plutôt faire vivre son esprit. Encore et toujours autant vivace.

 

Pour avoir eu l’opportunité d’écouter en live en de maintes occasions Archie Shepp (notamment lors de ses collaborations avec Napoleon Maddox et même Chuck D de Public Enemy), j’ai été impressionné par la puissante sonorité d’Archie Shepp au saxophone. Comme si le retour aux sources free d’Attica Blues lui redonnait une seconde jeunesse. Un jeu, un chant, une parole, une démarche imprégnée de blues. L’opus 2012 d’Attica Blues ne perd rien de cette identité, tout en s’ouvrant à de nouvelles compositions et une nouvelle génération de musiciens. A ce titre, les solos d’Ambrose Akinmusire (notamment sur « Cry my people ») suivis de ceux d’Archie Shepp ont réellement transmis, jusqu’au bout de l’émotion, la détresse de ses martyrs assassinés dans les prisons américaines de Soledad et Attica. Un grand merci aux organisateurs, car il ne pouvait y avoir plus belle conclusion à l’édition 2012 de Jazz à la Villette !

 

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Pour (re)voir le concert live, cliquer ICI !

 

Traduction du préambule du concert du 09/09/2012

 

Les journalistes ont parlé d’une « émeute ». Pour nous c’était « révolte » parce que le soulèvement des prisonniers d’Attica fut une entreprise courageuse d’hommes sans peur. Ils se soulevaient contre cet esclavage moderne que sont les prisons, au sein desquelles on traite les hommes comme on n’oserait traiter les animaux. Loin des regards, les autorités pénitentiaires, les gardes, la direction, et même certains des détenus, avaient entière liberté pour exercer leur cruauté. Les pratiques communes étaient la torture, le viol et le meurtre.

 

Les plus hautes instances de l’Etat doivent assumer la responsabilité de ces actes. Tant de vies ont été perdues ce jour d’automne 1971, parce que le gouverneur de l’Etat de New York, fils d’une des familles les plus riches du monde, n’avait pas fait preuve de tolérance ou de la compassion que son rang exigeait de lui. C’était alors, un enjeu pour l’Etat de renforcer son pouvoir sur les individus, quitte à être arbitraire et injuste pour y parvenir.

 

Quelle tristesse d’évoquer ce soir ces jours affreux de septembre 1971. Un mois plus tôt un autre drame avait eu lieu. A la prison de Soledad en Californie, plusieurs morts, dont celle d’un homme remarquable de 30 ans, un des leaders des Black Panthers : George Jackson. Il est tragique que plus de 51% des détenus à Attica aient été noirs alors qu’à l’époque les Afro-américains constituaient moins de 15% de la population américaine – selon les chiffres officiels du recensement en vigueur.

 

Des hommes comme George Jackson, ou comme tous ceux qui ont péri à Attica, furent le symbole d’un grand courage devant l’injustice et l’adversité. Certains d’entre eux donnèrent leur vie en espérant changer le monde. Malheureusement, peu de choses ont changé et même parfois la situation semble s’aggraver.

 

Nous sommes tous des prisonniers.

 

Archie Shepp

 

 

Le texte qui suit fut écrit par Jean Genet à la suite des événements survenus à Soledad et ensuite à Attica.

 

L’assassinat de George Jackson

 

Il est de plus en plus rare en Europe qu’un homme accepte d’être tué pour les idées qu’il défend. Les Noirs en Amérique le font chaque jour. Pour eux, « la liberté ou la mort » n’est pas un slogan de mirliton. En entrant dans le Black Panther Party, les noirs savent qu’ils seront tués ou qu’ils mourront en prison. Je vais parler d’un homme célèbre maintenant, George Jackson, mais si le tremblement provoqué en nous par sa mort n’a pas cessé, nous devons savoir que tous les jours de jeunes noirs anonymes sont abattus par la police ou par des blancs dans la rue, d’autres sont torturés dans les prisons américaines. Morts, ils survivront parmi nous – ce qui est peu – mais ils vivront parmi les peuples écrasés par le monde blanc, grâce à la voix retentissante de George Jackson.

 

Au contraire des Américains, partis victorieux au Vietnam faire la guerre par manque d’idées, qui en reviennent cassés, les noirs entrent dans la prison ou la mort, pour en resurgir vainqueurs. Des multiples tueries de noirs, de la prison de Soledad au massacre d’Attica, assasiné par des tueurs d’élite – d’élite ! -, George Jackson se relève, s’ébroue, maintenant illustre, c'est-à-dire lumineux et porteur d’une lumière si vive qu’elle le désigne et désigne tous les Américains noirs.

 

Qui était George Jackson ? Un noir de dix-huit ans emprisonné pendant onze ans pour complicité de vol de soixante-dix dollars. Ecrivain magnifique, un des plus grands écrivains noirs, auteur de lettres éparses qui rassemblées, donnent un livre révolutionnaire. Frère de Jonathan Jackson, qui à dix-sept ans, entra dans le prétoire de San Rafael, libéra trois noirs en se saisissant d’un otage ; le juge. Enfin, le martyr décidé, c’est-à-dire conscient, assasiné le 21 août dans la cour – ou dans la cellule – de la prison de San Quentin la veille de son jugement.

 

Jean Genet

Préface de la brochure l’Intolérable n°3 (Gallimard).

Du Groupe Information Prison (G.I.P.)

Publié dans Festivals - Concerts

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Laure Cattin 05/11/2012 14:57



Bonjour,

Je me permets de vous contacter car je travaille actuellement pour le Festival Jazzycolors.
Organisé par les institutions culturelles étrangères de Paris, le festival célèbre ses 10 ans cette année !
Au programme de cette nouvelle édition ; pas moins de 18 concerts au sein de 8 centres culturels de la capitale : Bojan Z et Julien Lourau ; Michael Wollny’s, Kyrie Kristmanson, Jonas Kullhammar
Quartet….

Susceptible de vous intéresser ainsi que vos lecteurs, si vous souhaitez annoncer le festival, recevoir une compilation, interviewer les artistes programmés ou assister aux concerts en vue d’un
report, n’hésitez pas à revenir vers moi en me contactant à l'adresse promoweb@ephelide.net

Bonne journée
& A bientôt

Laure