Christian Scott @ New Morning (21.07.2012)

Publié le par yannis

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Après près de deux ans d'absence, Christian Scott fait son retour au New Morning avec à la clé un double album "Christian aTunde Adjuah".

 

Son dernier concert parisien également avec l'ensemble de son quintet, puisqu'à la rentrée, Jamire Williams et Matthew Stevens poursuivront d'autres chemins musicaux à l'occasion du lancement de leur premier album solo.

 

Dans les notes de la pochette de son nouvel album, il évoque une conversation avec quelques uns de ces aînés musiciens après un concert à la Nouvelle-Orléans, où ces derniers lui refusaient l'appelation "jazz" sur le principe que les phrases musicales manquaient de swing et de be-bop. Christian Scott leur rétorqua qu'avec de tels critères, King Oliver, Jerry Roll Morton, Louis Armstrong ne seraient pas des musiciens de jazz, puisque leur contribution respective était antérieure au swing et au be bop. Chacun resta sur ses positions. Cette discussion est symptomatique d'une nouvelle génération de musiciens bien décidés à refondre le genre. Christian Scott et Ambrose Akinmusire, avec une approche musicale certes différente, en font partie.

 

Cette ambition répond à un besoin de liberté. Et ce besoin de liberté est intrinsèquement et fondamentalement jazz. 

 

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"J'appelle ce qu'on joue de la strech music, qui est plus ou moins une nouvelle forme de jazz " (Christian Scott)

 

Que ce soit en live au New Morning ou en ré-écoutant l'album (en boucle), Christian Scott ne laisse pas indiférrent. Il séduit et charme avec son jeu aussi puissant que lyrique. Des textures denses, des grooves complexes, une guitare (celle de Matthew Stevens) subtilement saturée, et le souffle brulant de sa trompette.

 

Un disque - inspiré par les rythmes et les harmonies des Black Indians de la Nouvelle-Orléans - qui est à la fois hypnotique, puissant, ambitieux et majestueux, délicat et lumineux, orageux et sensuels.

 

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Parmis les 23 titres de ce nouvel opus, certains sont connectés à l'histoire de sa famille et particulièrement ses liens avec la culture afro-indienne de la Nouvelle-Orléans (il est le descendant d'un chef indien - Big Chief - dans la plus pure tradition du Mardi Gras néo-orléanais). Pour autant, il ne s'agit de la musique typique de la Nouvelle-Orléans, au moins explicitement. Sur "New New Orleons", "Of Fire" ou "Spy Boy/Flag Boy", les palettes rythmiques et harmoniques découlent directement des musiques des Black Indians, mais il y incorpore d'autres textures, notamment rock.

 

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Christian Scott est également un artiste engagé socialement et politiquement. Cet aspect est essentiel dans sa conception de la musique. "Fatima Aisha Rokero 400" pour dénoncer un assaut sexuel sur des femmes soudanaises, "vs. the Kleptocratic Union (Ms. McDowell's Crime)" pour dénoncer l'emprisonnement d'une femme SDF, "When Marissa Stodd Her Ground" pour évoquer les cas de Trayvon Martin et Marissa Alexander.

 

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A titre personnel, je suis aussi subjugué par "Jihad Joe", une composition évoquant les guerres américaines en Irak et Afghanistan. Un morceau qui rappelle la même puissance et message qu'un morceau comme "The End" des Doors utilisé par Francis Ford Copolla pour le film "Apocalypse Now" sur la guerre du Vietnam.

 

D'autres sont plus personnels: sa direction artistique et la relation que certains établissent entre Miles Davis et lui-même ("Who They Wish I was"), son frêre jumeau et sa mère ("Kiel" et "Cara").

 

Sur ce nouvel opus, Christian Scott évoque où il souhaite aller, mais s'assure également de montrer d'où il vient.

 

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Publié dans Festivals - Concerts

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