Si l'histoire du jazz m'était contée: Jazz Cool et Jazz West Coast (Partie 10)

Publié le par yannis

Bref rappel du conte jazzistique !

 

 

 

1/ Les Racines du Jazz.

2/ La Nouvelle Orléans.

3/ Le jazz Hot.

4/ Louis Armstrong.

5/ Le temps du swing (1930-45) : Art Tatum et Fats Waller.

6/ Duke Ellington.

7/ le swing de Count Basie.

8/ Bird, Dizzy et le Be bop.

9/ Mainstream et Revival.  

 

Et désormais, l’épisode 10 consacré au Jazz Cool et au Jazz West Coast, avec tout particulièrement une pause musicale avec Chet Baker, Dave Brubeck et the Lennie Tristano Quartet.

Le jazz cool

Moins un style qu’une tendance, le cool (ou cool jazz) associe, vers la fin des années 1940, des musiciens qui ont en commun  une esthétique du raffinement, de la douceur et refusent la plupart des ingrédients indispensables au style hot noir (wa-wa, vibrato, suraigu, etc…). Une grande importance est donnée à la recherche mélodique, harmonique et à l’arrangement. Cet art du détachement, de la retenue n’est pas nouveau. Des musiciens, comme Bix Beiderbecke, Teddy Wilson, Lester Young, Billie Holiday, l’ont pratiqué dans les années 1920-30. Lester Young est d’ailleurs l’idôle et l’inspiration de la plupart des saxophonistes cool

Inévitablement, par ses choix esthétiques, ce jazz se verra parfois reprocher par ses détracteurs monotonie et manque de vie … Certains musiciens, comme Gil Evans (« New Bottle, Old Wine »), 1959) revisitent le passé, réinterprétant quelques thèmes du début du jazz.

L’approche de l’instrument étant plus classique, le cool va naturellement attirer une majorité de musiciens blancs, même si Miles Davis est pour une grande part dans le rayonnement de cette musique. Les fameux enregistrements pour la marque Capitol en 1949 seront même regroupés plus tard sous le titre de « Birth of the cool ».

Le jazz West Coast

Le jazz est apparu très tôt en Californie avec l’immigration de certains musiciens néo-orléanais. Mais ce que l’on nomme le jazz West Coast, dans l’esprit de beaucoup de critiques et d’historiens, se confond souvent avec une sorte de jazz cool joué, dans les années 1950, par des musiciens vivant sur la côte ouest des Etats-Unis. 

La plupart des musiciens de jazz de Los Angeles sont d’excellents lecteurs qui participent souvent aux musiques de films d’Hollywood. Certains d’entre eux sont venus d’autres régions des Etats-Unis, attirés par l’aspect lucratif du cinéma. Ils sont issus pour beaucoup des big bands de Stan Kenton et Woody Herman, d’où leur goût prononcé pour les arrangements. Mais ils prennent des voies divergentes (cool, funky, hard bop …), établissant fréquemment des passerelles entre ces diverses approches. La curiosité, l’esprit d’aventure, d’ouverture des musiciens West Coast est frappante. Par exemple, en 1954, Shelly Manne enregistre Abstract n°1, du free jazz avant la lettre. Et c’est à Los Angeles que l’avant-gardiste Ornette Coleman fera ses premiers disques, entouré et encouragé par Red Mitchell et Shelly Manne, deux west-coasters. Contrairement au jazz de la Côte Est de la même époque, 90% des grands noms de la West Coast sont des musiciens blancs.

Quelques artistes ( non exhaustifs)

The Lennie Tristano Quartet: l’un des chefs de file du cool, pianiste et compositeur, il crée une véritable école à partir de son attachement à Bach et aux grands mâitres du jazz (Armstrong, Hines, Parker) qu’il analyse rigoureusement pour ses élèves. Il s’entoure de ses meilleurs disciples quand il se produit : Lee Konitz (sax alto), Warne Marsh (sax ato), Billie Bauer (guitare). Il aura de l’influence non seulement sur ses élèves mais aussi sur Bill Evans, Cecil Taylor et Herbie Hancock. Tristano sera, plus de 10 ans après sa vulgarisation, le premier à enregistrer deux morceaux sans véritable schéma mélodique ou harmonique : une préfiguration du free jazz (Digression, Intuition – 1949).

Chet Baker : Trompettiste et chanteur, il est proche de Miles Davis par son sens mélodique exceptionnel, son choix parcimonieux des belles notes à l’intérieur d’une tessiture réduite (médian et grave) et la douceur de sa sonorité feutrée. Son meilleur accompagnateur fut Russ Freeman avec lequel il enregistra ses meilleurs faces de 1953 à 1955. Il est le plus souvent entouré par des pointures du Jazz West Coast, tels Bud Shank, Shelly Manne. Le disque qui lui vaudra un véritable triomphe à travers tout le pays, est "Chet Baker Sings"

                                           

Dave Brubeck : Étudiant, il fonde avec ses amis le « Jazz Workshop Ensemble » qui enregistre en 1940 sous le nom de "Dave Brubeck Octet" et qui deviendra populaire sous la forme d'un quartet en 1951, avec notamment le saxophoniste Paul Desmond. Le succès vient avec l’album "Time Out", album innovateur par ses signatures rythmiques atypiques variant d'un morceau à l'autre.

Il renouvelle l'expérience en 1961 avec l'album "Time Further Out" dont la pochette reproduit un tableau de Joan Miro. Sur cet album, le rythme de chacun des morceaux successifs est inspiré par les chiffres qui figurent en haut du tableau. On y retrouve le morceau "Unsquare Dance" qui avait été composé à l’origine pour décourager les membres du public des concerts de frapper dans les mains pour marquer le rythme mais qui hélas, se retrouvent souvent à contre-temps.

Le quartet (Dave Brubeck, Paul Desmond, Joe Morello et Eugene Wright à la contrebasse) se dissout en 1967. Cependant, Dave Brubeck a continué de jouer en trio en invitant  d’autres musiciens, dont Gerry Mulligan.

                                                        

Publié dans Let the music play

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Christian 17/08/2007 01:37

Et Lady Domi, qui est aussi à l'Ouest, elle pas vraiment violente en ce moment on dirait. Paraitrais qu'elle n'arrive plus à sortir de son hamac...

y. 17/08/2007 18:56

Un hamac ?!?
La jalousie pointe son nez par chez moi

Christian 17/08/2007 01:36

Alors, pour le rap West Coast vs East Coast, je pourrais te démontrer facilement que la Côte Est est bien plus violente...
Pour le jazz, on dira que c''était pas vraiment des violents à l'ouest...

y. 17/08/2007 18:55

Connaissant la passion de Gaston pour le hip hop, il pourra nous dire qu'en terme de violence, entre West et East Coast, la différence est toute relative :-)

Christian 16/08/2007 15:36

Bon, le disciple du jazz West Coast ne sera pas moi. Je me tiens par contre à ta disposition pour le rap West Coast...
Pas moi, car globalement d\\\'accord avec ce que dit Gaston. Sauf que, et d\\\'une, tout ceci n\\\'est qu\\\'une histoire des étiquettes, et de deux : Art Pepper !
Bien vu le petit passage sur Jazz cool / Jazz West Coast. On mélange souvent les deux concepts. Le meilleur exemple étant peut-être Bill Evans, qui aurait pu être un musicien West Coast s\\\'il n\\\'était pas né dans le New Jersey...

yannis 17/08/2007 00:02

Rap west coast ? J'ai une préférence pour le rap east coast. Ils ont toujours été un peu trop violent à mon gout à l'ouest.
Il ne nous reste donc plus qu'à attendre lady domi pour défendre le jazz west coast !

gaston 13/08/2007 23:19

dans le fond je n'ai jamais été franchement west coast. Même si cette école a produit des musiciens formidables ( art pepper, mulligan, chet, shelly manne ) je n'ai jamais réussi, malgré mes efforts tenaces, à adhérer vraiment à cette esthétique. Sans racisme à rebours ridicule, il faut bien reconnaitre que le jazz est avant tout une musique afro américaine et que, dès qu'on s'éloigne de ces racines, ça devient une musique formelle de plus, quel que soit le talent, parfois immense, de ses acteurs. Mais je ne suis pas sur, évidemment ,d'avoir raison...

y. 13/08/2007 23:33

Salut gaston.
Je te rejoins sur tes commentaires.
Déjà parce que j'ai eu quelques difficultés à parler du jazz west coast, étant donné que j'adhère plutot au jazz east coast.
Et j'avoue avoir un peu tendance à voir le jazz west coast comme une racine, une bouture, un cousin du jazz east coast ... le jazz tel que je le vois: un jazz plus afro-américain, avec des racines profondes, une musique qui évoque à sa seule écoute des images politique.
Même s'il faut bien le reconnaître, le jazz west coast a donné quelques grands noms du jazz: art pepper, mulligan, chet baker ect ...
Comme on est tous les deux d'accord (à moins de programmer un prochain article sur le rap afin d'étaler nos différends)   je vais attendre qu'un disciple du jazz west coast viennent défendre ce courant musical :-)