Abdullah Ibrahim à la Cité de la Musique

Publié le par yannis

Comme promis, le compte-rendu  du concert d' Abdullah Ibrahim à la Cité de la Musique, dans le cadre du cycle Faubourgs d'Afrique du Sud,  le 7 avril 2007.

Etant donné que mon quizz musical pouvait laisser à désirer concernant la chronologie des évènements, je vais faire une brève bio pour re-situer ce pianiste.

Bio (avec l'aide du livret rédigé par L. Roubertie, distribué avant le concert): Né Adolphe Johannes Brand au Cap, le 9 octobre 1934, devenu "Dollar" Brand (du nom d'une célèbre marque de cigarettes) puis Abdullah Ibrahim en 1968, suite à sa conversion à l'Islam, classé "métis" par les lois de l'apartheid, le jeune Dollar s'initie à la musique dans un contexte identitaire multiculturel. Sa formation ressemble à celle de nombre de ses confrères de jazz: quelques cours de piano au gré des encouragements familiaux ( mère et grand-mère, musiciennes dans une église méthodiste américaine), une grande partie d'autodidactie et un goût pour le jazz américain qui se développe à l'écoute d'enregistrements colportés par les marins (le Cap étant un point de passage obligatoire entre les deux océans). Louis Jordan, Duke Ellington, Fats Waller sont ses premiers modèles, avant que le bebop ne franchisse à son tour l'océan. Les Jazz Epistles ( sa première formation, fondée en 1959, avec Kippie Moeketsi) s'inspire largement de ce nouveau courant, sans trop s'éloigner non plus de ses racines sud-africaines: culture musicale de son enfance, musique de l'église protestante et la musique du Cap, le ghoema beat. 

La décennie des années 1950 est une période relativement épanouie et féconde. En revanche, la décennie suivante est marquée par le durcissement du régime et aboutit à l'inhibition de la création musicale non-blanche. De nombreux musiciens choisissent l'exil, dont Abdullah Ibrahim et sa future épouse la chanteuse Sathima Bea Benjamin. C'est à Zurich, que son destin prend une autre tournure, en 1962, quand Duke Ellington le prend sous sa protection, après l'avoir remarqué lors d'un concert. Le début de sa carrière internationale !

En 1974, son album " Mannenberg - Is where it's happening " lui apporte la consécration et en fait le jazzman le plus populaire d' Afrique du Sud. En 1978, son Autobiography, est un " modèle " d'album soliste: " comme le titre du disque l'indique, c'est bien toute l'histoire, la culture, les rencontres et les interrogations du musicien qui défilent dans cet extraordinaire voyage ... musiques et chants populaires sud-africains, récréatifs (danse, fête), comme fonctionnels (hymnes, marches) qui rythment la vie " (Jean Buzelin).

Une forte sensibilité en quête d'un idéal brisé par l'apartheid. Une soif intense d'approfondir son oeuvre et de poursuivre la lutte. Une envie d'apprendre inasouvie (flûte, saxophone soprano...). Monter des projets ambitieux comme son Kalahari Liberation Opera, monté en 1962 contre l' Apartheid. Rencontres (Max Roach, Archie Shepp) et voyages ... jusqu'au retour dans son pays libéré de l'Apartheid. Et en 2004, il réalise un rêve ancien: fonder une école de musique au Cap, où l'on y apprend aussi bien la musique sud-africaine, la danse, les arts martiaux ou même la médidation. 

Alors, ce concert, me direz-vous ! Un magnifique concert de pianiste solo, où Abdullah Ibrahim  saute d'un thème, d'un air, d'une mélodie à l'autre ... de nombreuses pièces colorées aux accents sud-africains, au swing léger et à la musique inspirée d'un son ellingtonnien. Ces pièces se suivent : on pourrait avoir l'impression parfois d'une juxtaposition, d'un collage. Mais sans une seule fois qu'un morceau ne soit escamoté pour passer au suivant, tous ont leur place, leur rôle, leur fonction dans l'architecture de cette grande fresque musicale.

J'ai ainsi retrouvé lors de ce concert une atmosphère très proche de son album de 1978, Autobiography, que je considère comme l'un des meilleurs albums solo au piano: mélodies tendres et profondes, méditations nostalgiques, des rêves d'espoir et des chants inlassablement répétés.

Voici l'album en question !

Je vous propose désormais de découvrir Abdullah Ibrahim au festival de jazz de Montreux 2006 en cliquant ICI (cliquer sur concerts et c'est le 6 du mois).

Publié dans Festivals - Concerts

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Christian 27/04/2007 01:23

Je l'ai vu qu'une fois, avec Carlos Ward aussi, il y a une vingtaine d'années... Surement la même tournée Gaston !
Un grand moment de musique et de spiritualité. Je crois bien qu'Abdullah Ibrahim n'a pas vraiment arrété de jouer pendant plus d'une heure. Et Carlos Ward était superbe, sax alto et flute...
Je conseille d'ailleurs fortement le Duke Memories qui doit à peu près dater de cette époque...
(dis-donc Gaston, ça fait un peu souvenir de vieux cons tout ça...)
 

y. 27/04/2007 10:02

Duke Memories, c'est noté !

gaston 26/04/2007 21:57

j'ai vu abdullah il y a bien maintenant 20 ans avec carlos ward au sax.j'en ai gardé un très bon souvenir.
abdullah est le musicien préféré de ma femme. Elle me rase en le passant tous les matins et pourtant, à ce concert, elle s'était endormie. Comme quoi !

y. 27/04/2007 10:00

Ou alors elle était tellement habitée par la musique qu'elle intériorisait le concert en fermant les yeux ? :-)