Si l'histoire du jazz m'était contée: Mainstream et New Orléans Revival (Partie 9)

Publié le par y.

Mainstream : Chaque nouveau style de jazz ne chasse pas forcément les autres, qui continuent à être joués parallèlement. Le Mainstream (littéralement :courant principal) peut se concevoir comme la continuation du jazz de la swing era après 1944, avec parfois quelques be bop.

La plupart des musiciens de la période swing continuent de dispenser copieusement leur musique et même de subir une certaine évolution (Duke Ellington, Count Basie, Lionel Hampton …). Certains jeunes musiciens, qui se font connaître au début des années 1940, ont un jeu plus proche de l’esprit du jazz classique, car ils ont été peu influencés par le bebop, développant néanmoins des esthétiques nouvelles, comme les pianistes Nat King Cole ou Erroll Garner.

On distingue aussi une catégorie de saxophonistes portés sur le blues, s’aventurant à la limite du rhythm and blues, tels que Stanley Turrentine ou David Newman.

Les anciens comme Ben Webster, Roy Eldridge, Coleman Hawkins peuvent souvent se mêler aux courants plus modernes grâce à leur musicalité, leur technique et leur esprit d’ouverture.

A partir des années 1970 apparaissent d’autres musiciens que l’on dénomme en France middle jazz : le saxophoniste Scott Hamilton, le tromboniste Dan Barret …Le trompettiste Wynton Marsalis est un cas à part que l’on peut inclure dans tous les revivals : Mainstream, New-Orléans.

 

New Orléans Revival: Le jazz de la Nouvelle-Orléans et de Chicago va resurgir en force vers la fin de la guerre, au moment où le bebop apparaît. Parfois, en réaction contre cette nouvelle musique qu’ils trouvent compliquée - et pour certains, anti-jazz -, des amateurs et producteurs vont aller à la recherche de musiciens de jazz traditionnel louisianais qui ont souvent quitté le métier, à l’instar de Kid Ory. Le grand Louis Armstrong lui-même va revenir en 1947 au petit orchestre de format et de style traditionnel. A San Francisco, dès 1941, des orchestres blancs se constituent, exhumant tout un répertoire de thèmes oubliés. Le guitariste-banoïste Eddie Condon, chef de file des dixielanders, a aussi de l’importance comme organisateur de concerts.

Cette folklorique renaissance (revival) du style Nouvelle-Orléans (New Orléans revival ou Dixieland revival) va s’étendre comme une traînée de poudre, et des milliers d’orchestres de jeunes gens vont fleurir – compensant parfois leur carence technique par leur enthousiasme.

Ce n’est qu’en 1952 seulement que sera enregistrée pour la première fois une véritable fanfare néo-orléanaise, l’Eureka Brass Band. A New Orléans, cependant, cette tradition se perpétue encore, parfois renouvelés par de jeunes orchestres comme le Dirty Dozen Brass Band, qui mélange les deux styles New Orleans : celui des débuts et celui du rhythm and blues des années 1950.

Les styles New Orelans des origines, de Chicago des années 1920 et le New Orleans-dixieland revival sont souvent réunis de nos jours sous le vocable de jazz traditionnel ou vieux style.

 

Hank Jones (1918) - pour l’anecdote, c’est d’abord le frère aîné d’une sacrée famille de jazzmen : Thad Jones à la trompette, Elvin Jones à la batterie. La particularité de ce pianiste, Hank Jones ? D’avoir parcouru l’histoire du jazz, du ragtime au jazz modal, d’Armstrong à Coltrane, en passant par Hawkins, Parker, Miles Davis. Délicatesse de toucher, sens de l’harmonie héritée d’Art Tatum et sa disponibilité d’écoute sont les raisons de ses nombreuses contributions et accompagnements. Vous ai-je dit qu’il joue toujours à presque 90 ans ?

                                                      

Ahmad Jamal : Arrivant au début des années 1950, Ahmad Jamal est un pianiste difficile à classer, car peu influencé par le bebop, mais plutôt par Art Tatum et Erroll Garner. C’est un inconditionnel du trio. La particularité du trio ? son style parsemé de longues plages de silence, destinées à mettre en valeur la perfection rythmique de ses deux autres partenaires. Miles Davis était sous le charme de sa manière de "s’accompagner" par des ponctuations en syncopes à la main gauche ... à tel point qu’il demande à l’époque à son pianiste Red Garland d’utiliser le même procédé. Keith Jarret le tient également en haute estime et déclare vouloir s’inspirer de l’esprit de son trio.

Pour une photo d'Ahmad Jamal au Festival du Parc Floral de Paris 2006, c'est ICI. 

 

George Lewis et Bunk Johnson: La particularité de ce clarinettiste néo-orléanais est qu’il travaillait le jour comme docker sur le quai du café, tout en jouant le soir dans des dancings et parfois même le matin dans des parades. Ses premiers enregistrements datent de 1942 avec Bunk Johnson, qui lui aussi travaillait le jour comme ouvrier agricole. Nombreux furent les clarinettistes à s’inspirer de lui, sauf en France où l’ascendant de Sidney Bechet fut conséquent. 

 

                                      

Sidney Bechet (1897-1959):  Il avait déjà enregistré de nombreux chef d’œuvre au début des années 1940. Doté d' un caractère plutôt trempé, il est emprisonné puis extradé pour une querelle avec un banjosite qui s’est finit à coups de revolver, lors de son premier passage en France …Il revient par la grande porte en 1949 et s’y installe définitivement. Puissant et dynamique en tempo rapide, charmeur et mélodique en tempo lent, il sait captiver son audience, et son influence s’exercera durablement auprès des jazzmen français notamment. 

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yannis 19/04/2007 09:29

Tout à fait, autre chose. J'ai lu ça dans le métro dans le journal gratuit Matin Plus: ce soir, sur Arté, à 22h20, l'émission musicale Tracks fête ses 10 bougies avec une émission spéciale de 4 heures.
Dès 22h20, ils se pencheront sur des artistes décalés par leur refus de vieillir et de suivre les sentiers battus, à travers des reportages entrecoupés d'interventions de personnalités qui donnent leur avis sur l'émission.
Puis à partir de 23h20, invitation à revoir les dix sujets les plus populaires diffusés depuis 1997.
Enfin à 0h25, le gateau d'anniversaire, avec le récit d'un demi-siècle d'histoire, au travers de 180 musiciens qui se sont illustrés de 1957 à 2007. Des lives, des interviews ... bref, vous faites quoi ce soir ?

y. 20/04/2007 09:43

Très bonne émission hier soir ! Notamment la deuxième et troisième partie ! Qui l'a vu ?

gaston 18/04/2007 23:26

hé, je suis gaston !
si tous les musiciens se prénommant horace sont pianistes peut on aller jusqu'à dire que tous les pianistes se prénomment en fait horace et dissimulent leur prénom pour se distinguer ? nous aurions ainsi horace "teddy" wilson, horace "art" tatum, horace "oscar" peterson ? pour être séduisante la thèse me parait osée...

Milady 18/04/2007 12:01

Pffff... les canards régionaux, on y trouve de ces perles ! As-tu vu mon comm sur James Carter chez Gaston ?J'ai un Horace Palm aussi, pas très connu, mais... pianiste de son état. Et le sieur Arnold se prénomme plus exactement Horacee, ce qui le met hors concours. Na.

gaston 18/04/2007 11:03

le (toujours en activité ) batteur horace arnold doit effectivement être l'exception qui confirme la règle. Il y a bien longtemps un "journaliste" local du var avait indiqué dans son papier couvrant un concert que horace silver était surnommé "horse" à cause de son physique chevalin ( le fernandel du jazz quoi ). En fait il avait compris "horse" au lieu de "horace" . tu vois ce que tu risques en te prénommant horace !

Milady 18/04/2007 10:18

A l'époque où je bossais sur la disco jazz de Bruyninckx, je m'étais amusée à faire une recherche, pas trouvé un seul Horace qui joue autre chose que du piano... Siver, Parlan, Henderson, Tapscott, Ott...Mais pourquoi, pourquoi, pourquoi mes parents ne m'ont-ils pas appelée Horace ?!