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Si le jazz m'était conté:

  Les racines du jazz

La Nouvelle Orléans

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  Le temps du swing: Art Tatum et Fats Waller

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Lundi 19 mars 2007

Trêve de plaisanterie. Il était temps que je reprenne ce merveilleux conte musical que j’avais un peu laissé en sommeil depuis le 14 janvier dernier.

 

 

Bref rappel des épisodes précédents :

1/ Les Racines du Jazz.

2/ La Nouvelle Orléans.

3/ Le jazz Hot.

4/ Louis Armstrong.

5/ Le temps du swing (1930-45) : Art Tatum et Fats Waller.

6/ Duke Ellington.

7/ le swing de Count Basie. 

 

 

Et désormais, l’épisode 8 consacré au Bebop, et tout particulièrement à deux figures emblématiques de ce courant musical, Charlie « Bird » Parker et Dizzy Gillespie !

 

 

Les précurseurs. La modernité dans le jazz n’est pas uniquement l’apanage des musiciens d’après guerre, même s’ils en font souvent leur credo. La volonté de recherche, la création sont peut être des actes moins conscients avant 1940, car mêlés au souci de ne pas se couper du public populaire.

Les innovations harmoniques découlent d’Art Tatum et d’Ellington (qui préfigure Monk), mais les pianistes Mary Lou Williams et Nat King Cole (qui pose les bases du trio) auront de l’influence sur leurs cadets. Coleman Hawkins, au saxophone, ouvre, à la suite de Tatum, la voie royale des substitutions harmoniques …

 

 

Le bebop : érosion d’un style, éclosion d’un autre. La routine, les conditions sociales, la guerre (et les nombreux musiciens enrôlés dans l’armée) et les restrictions, les frais de voyage plus élevés et l’arrivée de la télévision mettent les grands orchestres de danse en difficulté. La plupart des dancings ferment leurs portes à partir de 1947. Seuls subsitent avec peine quelques big bands renommés comme ceux de Duke Ellington, de Count Basie,de Woody Herman et quelques autres.

A cause de la grève du syndicat des musiciens de 1942 et 1943-44 , la gestation du nouveau style de jazz, le bebop, ne sera pas documentée discographiquement (si l’on excepte quelques radios ou enregistrements privés). Le bebop, ou bop, émerge réellement à partir de 1944 à la suite des rencontres et échanges entre de jeunes musiciens, dès 1940, tels Dizzy Gillespie, Thelonious Monk, Kenny Clarke et Charlie Christian, qui est en quelques sorte l’initiateur de la guitare électrique. Ces échanges se déroulent particulièrement au Minton’s Playhouse et au Monroe’s Uptown House à Harlem. Les clubs de jazz de la 52ème rue à New York vont être l’épicentre du bop.

Cette musique concède peu au public et n’est pas vraiment faite pour être dansée. Au départ, c’est une musique d’initiés, pour une élite de musiciens faisant appel à la virtuosité instrumentale, et à une décomposition harmonique complexe. Aussi l’arrivée du bebop va-t-elle provoquer une scission importante chez les amateurs et critiques. Les partisans du jazz classique soutiennent que le bebop et les courants ultérieurs ne sont pas du jazz, comme en France le critique et historien Hugues Panassié et son Hot Club de France. Ils surnomment « raisins aigres » les farouches partisans de la modernité qui les surnomment en retour les « figues moisies ».

Il faut également garder en mémoire qu’une partie des musiciens noirs ne se retrouvaient plus dans le swing, tel qu’il pouvait être joué par les grands orchestres blancs. Plus les critiques de jazz faites par des blancs qui ne voulaient pas reconnaître l’évolution du jazz vers le bebop…

Charlie Parker.  La grande et charismatique figure du bebop est bien sûr le saxophoniste alto Charlie Parker (1920-1955). Surnommé « Bird » (oiseau), il est issu de cette tradition de Kansas City fortement ancrée dans le blues et fait ses classes dans les big bands de Jay McShann, Earl Hines et Billy Eckstine. Après s’être associé à Dizzy Gillespie dès 1944, il forme un quintette en 1947 (avec notamment Miles Davis à la trompette). Il se produit en France en 1949. Ses problèmes de drogue lui font mener une vie erratique qui dessert quelque peu sa carrière professionnelle, mais n’altèrent en aucun cas son étonnante inspiration. Il ne verra cependant pas son 35ème anniversaire. Grâce à son imagination, son esprit novateur et sa grande technique, il crée une façon de phraser nouvelle, très véloce (doubles croches, fréquents doublements de tempo) et aux lignes mélodiques assez sinueuses et décorées. Le son et le phrasé de Bird sont très différents de ceux de Benny Carter et Johnny Hodges, ses deux grands prédécesseurs à l’alto. Improvisateur créatif et fécond, énergique et éxubérant, il sait garder, dans ses passages plus techniques, une certaine chaleur, un feeling et un swing, comme il le démontre tout particulièrement sur le blues dont il est l’une des grands interprètes. Son influence, considérable sur les tous les instrumentistes des années 1940-1950 (Sonny Stitt, James Moody, Lou Donaldson, Cannonball Adderley, Eric Dolphy, Ornette Coleman, Sonny Rollins, John Coltrane, Bud Powell, Max Roach ..) est comparable à celle d’Armstrong pour les décennies précédentes.

 

 

Dizzy Gillespie. Comme Parker, l’autre personnage phare du bebop, le trompettiste John Birks « Dizzy » Gillespie (1917-1993) a émergé au sein de big bands swing renommés : Teddy Hill, Cab Calloway, Earl Hines (où a lieu sa première rencontre historique avec Charlier Parker en 1943). Il suit Billy Eckstine dans son grand orchestre en 1944, co-dirige une petite formation avec Oscar Pettiford sur la 52ème rue puis, avec Parker, enregistre enfin en 1945 les premières faces historiques du bop. Il a le culot de fonder un big band en 1946, à l’époque où tous les autres chefs d’orchestre abandonnent la grande formation, et tient bon jusqu’en 1950. Dorénavant, il se produit en soliste, en petite ou grande formation et parcourt le monde. Son jeu, brillant et acrobatique, procède d’une grande connaissance harmonique, déroulant inventivement d’incroyables arabesques. Si Parker, compositeur occasionnel, est surtout un improvisateur, Gillespie a plusieurs cordes à son art : trompettiste, chanteur, compositeur, arrangeur, chef d’orchestre, faisant souvent passer auprès auprès du public la difficulté de sa musique par ses qualités de showman et son humour. Son grand orchestre renouvelle complètement le langage du big band et traumatise complètement le public parisien qui a la chance de l’entendre en 1948 à la Salle Pleyel. Sont passés en ses rangs des musiciens aussi prestigieux que Thelonious Monk, John Lewis, Milt Jackson, Kenny Clarke et John Coltrane. Excellent compositeur (Night in Tunisia, Con Alma), Gillespie est aussi l’initiateur du latin jazz moderne. On a souvent trouvé une filiation au jeu de trompette de Gillespie, de disciples en disciples depuis les débuts du jazz. Elle vaut ce qu’elle vaut, et j’avoue en être un partisan :

King Oliver => Louis Armstrong => Roy Eldridge => Dizzy Gillespie.

par y. publié dans : Let the music play communauté : Tomorrow is the question !
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