Si l'histoire du jazz m'était contée: le temps du Swing 1930-1945 (partie 5)

Publié le par y.

Au début des années 1930, les chefs d’orchestre les plus actifs transforment progressivement leur orchestre en big bands. New York et Kansas City vont éclipser Chicago comme centres artistiques du jazz. La musique New Orléans et l’improvisation collective disparaissent au profit d’un style orchestral aux arrangements plus soignés, ménageant des fenêtres à une nouvelle génération de solistes. Le nombre important d’excellents enregistrements de jazz n’a d’égal que l’abondance des individualités musicales rencontrées pendant cette période. Les premiers clubs de jazz fans font leur apparition.

Le jazz traverse quelques années difficile entre 1930-1934, en raison de la crise économique et de la fin de la prohibition, et certains musiciens en profitent pour aller se produire en Europe (Armstrong en 1932, Ellington en 1933,Calloway en 1934). Mais ensuite on assiste, grâce au succès soudain de Benny Goodman en 1935, à un boom du jazz dans les grands dancings, les revues (comme celles du Cotton Club), à la radio, puis dans les concerts (notamment ceux du Carnegie Hall en 1938-1939). Commencent alors les dix années que l’on a appelé la Swing Era (l’ère du swing). Le mot swing remplace celui du hot, simple question de mode pour une même musique évolutive, le jazz.

Cependant, l’essor des grandes formations ne concurrent pas les petites formations comme celles de Fats Waller qui peuvent se produire dans des clubs plus restreints. Un style de petits formations, dansant, relax, simple, que l’on appelle jump bands va notamment influencer quelques années plus tard le rhythm and blues.

 

Les principaux big bands new yorkais : la plupart des grand orchestres ont fait la majeure partie de leur carrière à New York, étape nécessaire afin de se faire connaître du grand public.

Benny Goodman, Glenn Miller sont les plus connus parmi les nombreux grands orchestres blancs. Au sein de la communauté noire, on retrouve (parmi tant d’autres) Duke Ellington, Count Basie, Chick Webb ou Cab Calloway.

 

A Chicago. La ville a perdu de son attraction musicale par rapport aux années 1920, mais le meilleur big band est sans conteste celui d’Earl Hines, qui se produit au Grand Terrace, un club de jazz contrôlé par Al Capone.

 

A Kansas City. En 1927 et 1938, la ville est dirigée par Tom Pendergast, chef du parti démocrate de la ville, qui encourage le jeu et la vie nocturne, ce dont le jazz bénéficie, malgré une corruption politique et une organisation criminelle ayant peu de chose à envie à celle de Chicago. La nuit, Kansas City n’est qu’une immense jam session permanente, les cutting contests (joutes orchestrales ou individuelles) y sont fréquents. Parmi les big bands importants de cette ville, citons celui de Bennie Moten qui, à sa mort en 1935, sera repris par le pianiste de l’orchestre, Count Basie. 

Le piano. Les deux styles de piano importants de l’époque sont le boogie woogie et le stride piano (également appelé Harlem stride piano, qui découle de la modernisation du ragtime, en vogue à Harlem durant les années 1920-1930 parmi les pianistes). Les pianistes de stride forment à Harlem une sorte de confrérie et aiment à se provoquer dans des joutes musicales interménables (piano contests). Une sorte de hiérarchie est tacitement établie et les meilleurs ont le privilège de jouer en dernier dans les contests. Jusqu’à l’arrivéé d’Art Tatum, James P. Johnson avait ce monopole, mais ensuite personne n’aurait commis l’affront de jouer une seule note après le grand Tatum. Les autres grands striders sont Fats Waller et Willie Smith.

Et comme à mon habitude, deux extraits musicaux de pianistes de l’époque swing, et quelques avant-propos également.

 

Fats Waller : Elève de James P. Johnson, Thomas « Fats » Waller (1904-1943) est une des plus énormes personnalités du jazz, à la fois par ses talents de chanteur, de pianiste, d’organiste, de showman et de compositeur, mais également par son sens du swing, son humour et un certain embonpoint. Il a influencé de nombreux pianistes (Earl Hines, Art Tatum, Count Basie, Erroll Garner) et enregistré de très nombreuses pistes, notamment au sein de son petit orchestre. Il pratique, des sortes de jam sessions de studio souvent informelles, improvisées dans l’instant. Ses prestations sont des exemples de jazz bon enfant, de spontanéité et de swing extraverti. A cela s’ajoute les vocaux de Waller, lequel déchiffre souvent en les enregistrant les partitions qu’on lui apporte souvent à la dernière minute.

Pour écouter "I'm crazy 'bout my baby" de Fats Waller, cliquer Ici

  

  

 

 

Art Tatum: ses premiers disques en 1933 font l’effet d’une bombe. Sur le titre Tiger Rat, plusieurs spécialistes ont cru entendre deux pianistes ! A cette époque, personne ne discute la suprématie pianistique de ce musicien presque aveugle aux qualités extraordinaires (vitesse vertigineuse des doigts et de la pensée harmonique). Influencé par Fats Waller et Earl Hines, il maîtrise parfaitement le stride et les autres styles de l’époque, grâce à une technique et une mémoire extraordinaires, ainsi que la finesse de son oreille absolue.

Pour écouter "Tiger Rat" d'Art Tatum, cliquer Ici

Publié dans Let the music play

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Emmanuel 11/04/2007 17:15

Je ne suis pas un grand connaisseur de jazz mais j'aime beaucoup Fats Waller, alors je suis sensible quand on lui rend hommage... Par ailleurs je suis content d'avoir découvert ton blog, par je ne sais déjà plus quel biais (sûrement Google, ce salaud), et je te souhaite la bienvenue en Géorgie, l'autre :)

y. 11/04/2007 21:47

Salut emmanuel ! Je suis allé faire un tour sur ton blog. De très belles photos des locaux géorgiens, j'aime beaucoup !
Bienvenue sur ce petit blog consacré à la musique, et au jazz en particulier ! N'hésites pas à repasser !
(pour une fois, merci google :-)

Emmanuel 11/04/2007 13:25

Fats Waller était un très grand organiste, il a joué à la cathédrale de New-York, il me semble. Donc ce n'est peut-être pas si étonnant qu'il se soit senti des affinités avec Bach...

y. 11/04/2007 13:52

J'avais oublié ccette conversation concernant Fats Waller et Bach de Novembre dernier.  Belle réapparition via ton commentaire, et effectivement, rien d'étonnant in fine dans les affinités de Fats pour la musique de Bach.

Lady Domi 11/11/2006 11:22

Well, well. Dans "Hear me talkin' to you", Gene Sedric rapporte que «Fats était un homme aux talents beaucoup plus multiples que l'imaginent la plupart des gens, (qu'il) connaissait très bien  la musique classique et qu'il avait beaucoup de partitions classiques. Il aimait surtout Bach».Où ai-je lu qu'il aurait aimé enregistrer du Bach... je ne sais vraiment plus. Mais je l'ai lu.

Lady Domi 10/11/2006 08:36

Je ne sais plus où j'avais lu cette histoire de Bach par Fatsy-Watsy... je vais essayer de retrouver ma source. Peut-être dans Hear Me Talkin' to Ya ? Pas si sûre que ç'ait été une si mauvaise idée. Mais c'est vrai qu'en France, on est terribles. Faut tout compartimenter. Le chanteur chante, l'acteur joue, le jazzman fait du jazz, le comique fait rire... les barrières sont moins infranchissables ailleurs, aux US entre autres.

Christian 10/11/2006 00:58

Concernant Bach, je ne suis pas sur que cela aurait été une bonne idée...
Après, son image de bon gros rigolo, on peut pas lui retirer non plus, c'est son image de marque...
Quand à Monk, je conseille l'écoute de Crepuscule With Nellie en solo, notamment sur l'enregistrement studio à Paris : le stride de Monk, certes moins swing et plus "primitif" a vraiment un accent "Wallerien"...