Si l'histoire du jazz m'était contée: le jazz hexagonal (Partie 11)

Publié le par yannis

 

Pour mémoire, les épisodes précédents.

 

1/ Les Racines du Jazz.

2/ La Nouvelle Orléans.

3/ Le jazz Hot.

4/ Louis Armstrong.

5/ Le temps du swing (1930-45) : Art Tatum et Fats Waller.

6/ Duke Ellington.

7/ le swing de Count Basie.

8/ Bird, Dizzy et le Be bop.

9/ Mainstream et Revival.  
10/ Jazz cool et West Coast.



La France a toujours été une terre d’accueil pour le jazz et une pépinière d’excellents musiciens. Les embryons de cette musique sont arrivés très tôt dans la capitale française puisque les parisiens ont pu entendre John Philip Sousa interpréter Maple Leaf Rag lors de l’Exposition Universelle de 1900. Mais c’est à partir de 1918 en pleine guerre avec l’arrivée des soldats américains et des fanfares noires que les français découvriront de plein fouet la musique syncopée.

Les années 20 : Paris à l’heure du jazz band.
Montmartre est le centre jazzistique de la capitale avec ses nombreux cabarets. S’y produisent quelques musiciens américains, malheureusement diséminés dans des orchestres jouant peu de jazz authentique.

1925 voit le triomphe de la Revue Nègre et de Josephine Baker qui devient un mythe. Sidney Bechet est dans l’orchestre. Les premières grandes formations françaises de jazz font leur apparition, malgré le nombre restreint de bons solistes : Grégor monte ses Grégoriens et fonde en 1929 la Revue du Jazz, le premier journal du genre en France. Ray Ventura forme ses Collégiens. Enregistrant dès 1928, ils seront l’orchestre vedette des années 1930.

Le jazz s’organise (1930-1945).
Au moment où l’engouement du grand public semble s’émousser, une poignée d’amateurs passionnés va en découvrir les aspects artistiques. Sous la houlette de Hugues Panassié, ils fondent le Hot Club de France et organisent des concerts. Ils peuvent enfin entendre en live Duke Ellington en 1933 et Louis Armstrong en 1934. Cette année-là marque aussi la naissance du légendaire Quintette du Hot Club de France co-dirigé par Django Reinhardt et Stéphane Grappelli. Charles Delaunay lance la revue Jazz Hot avec Panassié en 1935, publie en 1936 la première discographie de jazz, puis en 1937 crée le label Swing, première compagnie de disques au monde à se consacrer exclusivement au jazz.

A part les membres du Quintette du Hot Club de France, les autres musiciens d’importance sont le violoniste Michel Warlop, les saxophonistes Alix Combelle et André Ekyan, et le trompettiste Aimé Barelli.

Les accordéonistes musette s’adjoignent souvent les services de guitaristes maouches comme Django Reinhardt lui-même.

Pendant l’Occupation, les allemands n’interdisent pas le jazz. De nombreux concerts et enregistrements en témoignent.

L’après-guerre et Saint Germain des Près (1945-1960).
La fin de la Deuxième Guerre mondiale en amène une autre, moins sanglante … et d’une nature tout à fait différente. Certains jazzfans et musiciens découvrent la nouvelle musique de jazz, le bebop, tandis que d’autres se passionnent pour le jazz des origines. C’est à la suite de la scission de 1947 entre Delaunay et Panassié, que ce dernier déclare en 1949 que "le bebop n’est pas du jazz". La guerre des jazz est lancée.

Le revival du jazz classique a en France un représentant en la personne de Claude Luter qui officie au Club des Lorientais (1946), puis au Vieux Colombier (1948) où se produira Sidney Bechet. Ce dernier deviendra une grande vedette en France de 1949 à sa mort en 1959.

Le nouveau jazz tient ses quartiers au Tabou (1947) puis au Club Saint Germain (1948) et au Blue Note (1958). C’est la vogue de Saint Germain des Près, de l’existentialisme, de Sartre, Gréco et Boris Vian, grands amateurs de jazz.

Deux nouvelles maisons de disques enregistrent du jazz : Blue Star, créée en 1945 par Eddie Barclay, et Vogue en 1948 dont Delaunay est le directeur artistique. 1948 voit de nombreuses manifestations de jazz en France, dont le concert du big band de Dizzy Gillespie à la salle Pleyel et le premier festival d’importance international qui se tient à Nice. En 1949 se tient le premier Festival International du Jazz à Paris avec en invité prestigieux : Charlie Parker, Miles Davis, Sidney Bechet …

En 1954, l’Académie du jazz est fondée, ainsi que le mensuel Jazz Magazine qui vient concurrencer Jazz Hot. La même année, André Hodeir, initiateur de la musicologie jazzistique, publie « Hommes et problèmes du jazz » et Hugues Panassié, le « Dictionnaire du jazz ».

Depuis la fin de la guerre, de nombreux jazzmens américains, dont Bill Coleman, Sidney Bechet, Kenny Clarke, Bud Powell, s’installent à Paris. Ils s’associeront à des musiciens français qui s’amélioreront à leur contact, certains acquérant une classe internationale comme Martial Solal, René Urtreger, Pierre Michelot.

Jazz et cinéma français 
La réussite de la bande originale du film de Louis Malle va servir de modèle à de nombreux cinéastes français. De Marcel Carné à Jean-Luc Godard en passant par Roger Vadim, la musique de l’" Ascenseur pour l’échafaud " fera des émules. Le jazz incarne alors l’idée de modernité au cinéma, voire de musique à la mode. En 1956, un an avant Ascenseur pour l’échafaud, Roger Vadim a confié la composition de la musique de son film "Sait-on jamais" à John Lewis : le charme mélancolique de Venise en automne revisité par les interprétations du Modern Jazz Quartet. En 1958, Marcel Carné utilisera pour son film "les Tricheurs" des enregistrements de Dizzy, Roy, Oscar et autres, alors en tournée à Paris. En 1959, Edouard Molinaro saupoudre de jazz (Art Blakey and the jazz Messengers, Kenny Dorham, Duke Jordan) quelques séquences de ces deux films "Des femmes disparaisent" et "Un témoin dans la ville". De même, Thelonius Monk interprète  le thème du générique des "Liaisons dangereuses" de Vadim (1959), alors que Barney Wilen, Bobby Timmons et Art Blakey y font quelques apparitions sonores. On retrouve également Martial Solal dans "A bout de souffle". Il faudra attendre les décennies suivantes pour que retrouver quelques bandes sons jazz : Le Souffle au cœur, Milou en Mai (Louis Malle), Le Menace, Le choix des armes, le Nouveau Monde (Alain Corneau), Autour de minuit (Bertrand Tavernier).

Les années 1960-80
Le centre de gravité des clubs de jazz se déplace vers Saint-Michel avec le Chat qui pêche, le Jazzland… Le free jazz apparaît en France ; Albert Ayler, après avoir fait une partie de son service militaire en France, reste en Europe, jusqu’en 1963. En 1965 est enregistré le premier disque de free jazz français : Albert Ayler y est entouré de Bernard Vitet, François Jeanneau, Michel Portal, Barney Vilen. En 1967 a lieu le premier festival français du genre à Bobino où on y rencontre Aldo Romano et d’autres musiciens cités plus haut. Le festival Jazz à Chateauvallon en 1971 sera le premier grand fief de l’avant-garde.

A partir de 1980. La carte géographique des clubs de la capitale est moins concentrée qu’auparavant. Ayant traversé la Seine la seine en 1977 avec le Petit Opportun, le Dreher en 1979, et le plus prestigieux de tous, le New Morning en 1981, un nouveau pôle d’attraction se forme dans les années 1980 rue des Lombards avec trois clubs, le Duc des Lombards, le Sunset/Sunside et le Baisé Salé. Un festival décentralisé original, Banlieues Bleues, est inauguré en 1984. En 1981, le festival du Val de Marne, Sons d’Hiver.

Après Jean-Luc Ponty dans les années 1970, deux autres musiciens entament une belle carrière aux Etats-Unis dans les années 1980 : le percussionniste Mino Cinelu et le pianiste Michel Petrucciani. Le ton est donné avec à parti des années 199à de nombreux jeunes français parmi lesquels beaucoup de pianistes, comme Jean-Michel Pilc à New York.

Le jazz prend une tournure officielle en 1986, avec la création de l’Orchestre National de Jazz (ONJ) dont le premier chef est François Jeanneau. L’enseignement du jazz s’officialise également en 1987 avec la création du Certificat d’Etude (CA). De plus en plus de conservatoires se dotent d’une ou plusieurs classes de jazz et en 1991, d’un département jazz au CNSM.

Deux grandes marques de disques sont fondées : Label Bleu en 986 et Dreyfus en 1991. En 1989, se crée à Paris le Concours International de piano jazz Martial Solal, ainsi que la première maison d’édition uniquement consacrée aux ouvrages traitant du jazz : Outre Mesure.

En 1993, le battage médiatique autour du quarantième anniversaire de la disparition de Django Reinhardt relance le jazz manouche, avec comme point de ralliement le Festival de Samois sur Seine annuel depuis 1981.

Pour conclure, le nombre de musiciens français, jeunes comme moins jeunes, est impressionnant : pour n’en citer que quelque uns (au risque d’en oublier beaucoup …) : Frank Amsallem, Laurent de Wilde, Jacky Terrason, Laurent Coq, les frères Moutin, l’Association à la Rerche d’un Folklore Imaginaire (l’ARFI), Laurent Bardainne, Fred Pallem, les frères Belmondo, André Ceccarelli ... Une relève définitivement assurée … tant que tout soit mis en œuvre pour une diffusion large …

Bernard Lubat et Michel Portal : ouverts à toutes les expériences.

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Batteur, pianiste, accordéoniste, vibraphoniste, chanteur, compositeur, parolier, Bernard Lubat est un touche-à-tout extravagant et extraverti. Parallèlement à une belle carrière de percussionniste contemporain, il joue du jazz avec tout ceux qui comptent en France. Il se replie à Uzeste, sa ville natale, et y fondeun festival annuel et un groupe la Compagnie Lubat. Mariant humour et revendication politique, il a réussi à faire cohabiter le bal champêtre avec l’ensemble des musiques actuelles.





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Le clarinettiste, saxophoniste, bandéoniste et compositeur Michel Portal porte lui aussi les deux casquettes classique et musique contemporaine improvisée. Il a joué et enregistré avec le trio de John Surman dans les années 1970, entre 1976 et 1982, il a travaillé avec Albert Mangelsdorff en quartet et quintette. Il a également travaillé avec Sunny Murray, Joachim Kuhn, Jack DeJohnette et Dave Liebman. Ses influences incluent entre autres Mingus, Dolphy et Stockhausen.

 





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Alain Jean Marie

Le pianiste guadeloupéen s’installe à Paris dans les années 1970 et devient progressivement l’accompagnateur le plus demandé. On le retrouve avec Bill Coleman mais aussi Archie Shepp. Doué pour l’empathie, sa capacité d’écoute et son swing dégagent une grande authenticité et sincérité. Il a fondé par la suite un trio, Biguine Reflections, avec lequel il revisite la musique de son pays.







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Barney Wilen
(1937-1996) né à Nice d’une mère française et d’un père américain, est une sorte de légende : en 1954, il joue à l’âge de 17 ans à Paris au Tabou et enregistre avec Roy Haynes. Il participe à de célèbres bandes son, dont la plus mythique est celle du film « Ascenseur pour l’échafaud » dirigée en 1957 par Miles Davis. On le voit dans les années 1960, à la pointe du free jazz européen. Il part quelques temps s’imprégner de la vie africaine à partir de 1969 et fait un comeback remarqué dans les années 1980.

 

Publié dans Let the music play

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