Ce qu’il y a de formidable avec l’hiver à Paris, c’est la multiplication des festivals. Dernièrement, le festival Sons d’hiver. Courant mars débutera le festival Banlieues Bleues.
Et le printemps ? Le Bose Blue Note Festival.
Et l’été me direz-vous ? Le Festival de jazz du Parc Floral bien évidemment !
Attardons-nous sur le festival Sons d’hiver et aux concerts auxquels j’ai pu assister.

Le samedi 10 février: au Pavillon Baltard à Nogent sur Marne ( dans l’ancien batiment qui trônait à l’ancien Forum des Halles – très belle architecture par ailleurs).
En première partie, James « Blood » Ulmer. J’avoue y être allé principalement pour écouter ce guitariste de blues que je ne connaissais pas. Grande fut ma surprise, car la musique était assez éloigné du blues auquel je m’attendais. Je m’explique : je m’attendais plus à un blues à la manière d’un Buddy Guy ou d’un BB King, à savoir un univers fait de récits mélancolique et amoureux, sur quelques accords rock à la guitare. Bien évidemment, le chant de James Ulmer respire un univers lyrique plaintif, mélancolique et parfois ironique. J’ai été surtout étonné par ses « échappées bruitistes » ( terme non péjoratif) par-dessus lequel il nous fait partager sa mémoire des quartiers disparus de
la Nouvelle Orléans , des routes du Middle West et la croisée des chemins des musiciens de blues à Chicago. D'ailleurs, j'avoue que la lecture du livre de LeRoy Jones " le peuple du blues " m'a peut être facilité mon entrée dans son univers musical.
Il est vrai que sa musique peut être déconcertante, mais avec du recul, elle n’en est que plus envoûtante. Il faut la prendre comme une mémoire qui nous est contée, la musique à la guitare ne servant qu’à créer un "contexte musical favorable". Bref … ça paraît peut être un peu tiré par les cheveux …mais j’avoue avoir du mal à le mettre par écrit …
Et en deuxième partie, Amina Claudine Myers et son ensemble vocal. Elle fait son entrée sur scène, s’assoit au piano, et pourtant la musique paraît venir de derrière nous. Et pour cause, le chœur (composé d’un soprano- Janet Jordan, d’un alto – Richarda Abrams, d’un ténor- Clinton Ingram, et d’un baryton- John Anthony) fait son entrée du fond de la salle. Suivi ensuite du contrebassiste (Radu Williams) et du batteur (Reggie Nicholson). On se croit tout de suite dans une salle de prêche un dimanche matin dans une église du fin fonds des Etats-Unis … Une atmosphère donc.
Puis ensuite on se prend au jeu, Amina Claudine Myers associant à la qualité de ses choristes un swing débridé et laissant des espaces pour l’inventivité de ses solistes. Des voix absolument magnifiques. Et des passages parfois véritablement free jazz. Déroutant aussi.
Dans le feuillet du concert, il y est dit qu’elle « est dépositaire de la longue tradition du gospel … et dirige un ensemble vocal qui compte parmi les plus recherchés aux USA mais à la présence trop rare sur la scène européenne ». Je veux bien le croire !
Le mardi 13 février :
En première partie : Dum Dum , un groupe qui m'est inconnu. Un groupe mêlant slam et jazz. De plus en plus fréquent. L’essentiel à mes yeux est que la rencontre entre le récit et un univers sonore ait lieu. Alors alchimie ou pas ? Je dois dire que j’ai bien aimé le polar assez noir imaginé par Félix Jousserand (slammeur), et la mise en musique par le contrebassiste et compositeur Vincent Artaud est une réussite. N’oublions pas également ces joyeux acolytes, avec Régis Ceccarelli à la batterie et Chris de Pauw à la guitare. Pourquoi il y a-t-il donc une alchimie entre ces musiciens et finalement une rencontre avec un public ? Un son résolument rock et à des improvisations définitivement jazz au service d’un récit parfois inquiétant, cérébral, ironique et finalement poétique. Ce qui donne une univers sonore mystérieux et particulièrement prenant !
En deuxième partie,
la Campagnie des Musiques à Ouïr avec Eric Lareine. Le seul groupe parmi ceux cités précédemment que je connaissais déjà. Un groupe de musiciens résolument farfelus, passant du coq à l’âne, introduisant une multitude d’instruments ( alors qu’ils ne sont que trois musiciens : Alexandre Authelan à la clarinette, sax et piano ; Denis Charolles à la batterie, trombonne et voix ; et Frederic Gastard aux saxophones et synthétiseur) et alliant souvent des formules musicales détonantes et diverses ( free jazz, music hall, rock, blues). De manière non péjorative, c’est un " projet de démolition joyeuse " des formes musicales établies, au service d’une musique résolument vivante !
Par le passé, ils nous avaient habitués à des rencontres improbables, comme Brigitte Fontaine à Banlieues Bleues 2005. Cette fois-ci, ils ont fait appel à Eric Lareine, chanteur et parolier. Pour ceux qui me connaissent un peu, j’ai en « douce » horreur ceux qui se revendiquent de la nouvelle vague de la chanson française. Autant dire qu’Eric Lareine mérite le détour, et constitue une figure atypique et secrète de la scène française. Un écorché vif, qui nous assène un blues-rock vif et un humour absurde qui colle parfaitement à l’univers sonore et complètement déjanté des musiciens. C’est mon coup de cœur Live du mois de Février ! Si vous avez l’occasion de les écouter, c’est ce groupe là, et aucun autre !
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