Avant d'arriver au jazz et à la trompette, je suis passé par la musique classique, et notamment l'alto. D'où cet article imprévu suite au décès du violoncelliste Rostropovitch. Je ne suis pas du genre à faire la "biographie-nécrologique" ... Mais j'ai en mémoire comme tout le monde, je suppose, la chute du mur de berlin en novembre 1989 et slava improvisant sur place un concert dans une atmosphère de liesse et de recueillement ( la vidéo du journal télé allemand de l'époque est ICI).
Un musicien qui, au delà de sa virtuosité, a montré que art peut rimer avec engagement citoyen et politique, celui-ci ayant pris par exemple la défense de Prokokiev et Chostakovitch, ainsi que de l'écrivain Soljenitsyne contre le pouvoir politique de Staline.
Pour être concis, je vous mets ci-dessous une partie de l'interview de Rostropovitch parue dans le Monde du 16 mars 2006, ainsi que la vidéo de la "Bible" révérée des violoncellistes, les Sonates de Bach (qui sonnent très bien aussi avec l'alto par ailleurs...).

Le Monde du 16 Mars 2006:
"En 1945, je me suis présenté au prestigieux Concours de l'URSS à Moscou, qui n'avait plus eu lieu depuis la guerre, et dont Chostakovitch était président du jury. L'âge limite avait été changé pour que le pianiste Sviatoslav Richter, qui avait alors 31 ans, puisse concourir. Nous avons eu le premier prix, ex-aequo. Alors Chostakovitch m'a dit : "Slava, vous êtes fatigué. Je pars en vacances avec ma famille dans une maison de compositeur et je vous invite à venir vous reposer avec moi." Pendant deux semaines, j'ai donc partagé la vie de famille de Chostakovitch, avec sa première femme, Nina, et ses deux enfants. Dans cette petite ville d'Ivanovo, située dans la province profonde non loin de Moscou, il y avait un marché aux puces. Une fois que nous nous promenions, Chostakovitch m'a dit : "On va aller voir ce magasin." C'est là que j'ai essayé mon premier smoking. Chostakovitch me l'a offert, et je l'ai gardé jusqu'à mon expulsion de Moscou, en 1974.
Je ne pouvais pas exister sans Chostakovitch. On se voyait tout le temps, il venait à tous mes concerts. Mais en tant qu'interprète de ses œuvres, je ne lui ai jamais demandé un conseil. Il était très délicat et n'aimait pas blesser les autres, au contraire de Prokofiev. Il pouvait même mentir pour ménager une susceptibilité. Il ne montrait jamais à personne ses œuvres en cours de composition. Mais il m'a quand même laissé lire le Deuxième Concerto avant son achèvement, ainsi que deux cadences pour lesquelles j'ai osé lui donner quelques indications, qu'il a gardées.
Quand il a eu fini le Premier Concerto, je suis venu le voir à Saint-Pétersbourg avec mon violoncelle. Il habitait chez sa sœur. Il était très angoissé, et moi encore plus. Il a commencé à jouer au piano. Quand il a terminé, j'étais bouleversé et je le lui ai dit. Mais il n'y croyait pas : "Dites-moi la vérité. Réfléchissez bien, je peux le rejouer, dites-moi si ça vous plaît vraiment." J'ai répondu : "Regardez mon visage…" Alors il m'a dit : "Permettez-moi de vous dédier cette œuvre." En 1960, alors que je rentrais d'une série de concerts, ma femme me dit que cela faisait deux jours que Chostakovitch me cherchait. Il voulait que je vienne le voir le plus vite possible. Il avait commencé les répétitions du Huitième Quatuor avec le Quatuor Beethoven. "J'ai fait un enregistrement, me dit-il, pour pouvoir vous le faire entendre." Il y a toute sa vie dans cette œuvre, composée à la mémoire des victimes de Staline : les initiales de son nom, DSCH, et des citations de sa Première Symphonie, de la Cinquième, de son opéra Lady Macbeth, de son Premier Concerto pour violoncelle, etc. Quand on a eu fini d'écouter la musique, on a tous les deux pleuré. Il m'a dit alors : "Enfin, j'ai écrit une œuvre que je voudrais qu'on joue à mon enterrement.""
Suite N°1 de Bach - G Major:
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